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1.COB#2 (exposition collective)

Posted By lionnelgras On 16 janvier 2015 @ 14 h 54 min In | No Comments

« An object thrown from a country to another, and returned », ZéroQuatre, n°11, automne 2012, p.26.

COB#2, Réactivation et actualisation d’une exposition historique de la N.E. Thing Company (Iain Baxter&): « L’histoire de l’art à l’ère… », du 25 avril au 19 mai 2012, Musée des Moulages / Université Lumière Lyon 2, Lyon et « COB#2 : remise en forme d’une exposition », du 5 juin au 21 juillet 2012, CAP, Saint-Fons.

 

À la veille des Jeux Olympiques, le commissaire d’exposition Fabien Pinaroli met en place plusieurs occurrences – dont deux expositions stéréoscopiques – qui, toutes, permettent, avec liberté et humour, de reconsidérer, réagencer, redéployer, réécrire, reconnecter, remettre en jeu, étape par étape, l’exposition et la publication Celebration of the Body (CoB#1) de l’artiste canadien IAIN BAXTER&, pionnier de l’art conceptuel, et de sa femme Ingrid, alors regroupés sous le nom de N.E. Thing Company.

Présentée lors des Jeux Olympiques de Montréal en 1976, Celebration of the Body (CoB#1), réunissait un corpus d’œuvres, de reproductions d’œuvres et de documents hétérogènes qui entendaient « célébrer le corps ». Les multiples artefacts, rassemblés sur le même terrain de jeu, se rattachaient à des sphères dépassant le territoire figé de l’art en vue d’indexer, dans une perspective critique et impertinente, différentes représentations possibles du corps. Dans ce projet initial sont déjà nécessairement présentes les notions de décalage et de différé puisqu’il s’agissait, en parallèle de l’événement sportif, essentiellement de «re-présentation».

Si une exposition historique devenue figée, vide ou léthargique a subi les altérations du temps, la corruption ou la perte d’information, il n’en reste pas moins qu’elle peut être considérée et manipulée comme un matériau séminal déterritorialisé, un statement ouvert qu’il s’agit de réactiver et d’augmenter, une matière qu’il s’agit d’informer, de condenser et d’étirer à la fois, pour en révéler les possibles qui, dans l’espace et le temps, l’excèdent. C’est une réflexion que Mathieu Copeland développe et précise notamment dans la série d’expositions intitulée « Reprise »: « À partir de la liste du catalogue, une approximation de toutes les œuvres est rassemblée et unie dans un format qui n’a besoin que d’être imprimé pour générer un autre “bootleg”; un écho lointain de l’original, une exposition évoluant à partir de ce qui exista autrefois, et qui se trouve désormais en constante expansion. » 2

La première étape intitulée « CoB#2: L’histoire de l’art à l’ère…», investit à juste titre le Musée des Moulages de l’Université Lumière Lyon 2. Les œuvres, non hiérarchisées, présentées dans une horizontalité affirmée, murmurent dans l’espace « qu’il n’y a plus un auteur pour une œuvre unique mais une multiplicité d’auteurs pour plusieurs réalisations potentielles de chaque œuvre. » 3 Au cœur de l’exposition, la scénographie géométrique de Ludovic Burel, conçue pour l’exposition Archives du biopouvoir comme un ensemble de sculptures conceptuelles et minimales utilitaires, organise et canalise cette masse de données visuelles et textuelles qui circule en continu, dans et au-delà de l’exposition, à commencer par l’espace virtuel. Cette installation structurante crée des solitudes et des rassemblements entre des œuvres qui agissent, pour la plupart, dans des espaces interstitiels et particulièrement au sein de publications et d’imprimés (Yann Sérandour), et qui se fondent sur la notion de copie (Gabriele di Matteo).

Dans un principe d’équivalence et dans un esprit « d’indisciplinarité », de « déligitimation » de la sphère artistique, l’exposition incorpore des pratiques artistiques faisant usage aussi bien de documents que de photographies (Triple Candie). Et, dans une offensive à l’égard non seulement de l’original, de l’autorité de l’artiste mais aussi de l’unité de contenu, de lieu et de temps, elle privilégie les pratiques dans lesquelles la copie, le plagiat, le multiple, la collaboration et le différé sont le moteur même du travail. L’exposition emprunte également à l’univers cinématographique (remake, cadrage, montage) et les films présentés, ainsi que l’œuvre Intaglio. Audrey Munson (2008) d’Andrea Geyer qui rythme et ponctue le parcours de l’exposition, renvoient à la construction des représentations collectives.

La seconde exposition au CAP Saint-Fons « CoB#2 : Remise en forme d’une exposition » rassemble davantage d’œuvres « matérielles » de formes hétéroclites qui exhibent diverses perceptions du corps à travers le regard d’artistes historiques et contemporains. Elle rejoue la mise en espace de l’exposition de 1976 et propose une articulation des visions des corps repensée à l’aune des notions de « biopouvoir » et « d’administration des corps » et des enjeux actuels. Contrairement à ce que pourrait annoncer le titre « Celebration of the Body », le corps apparaît, dans les œuvres et les fiches d’information proposées, souvent disgracié, vulnérable, contraint ou diminué, disqualifiant d’emblée les notions de concurrence, de compétition et de performance. Dans toute l’exposition, la vidéo, média-type du différé, est également très présente (Clarisse Hahn, Noëlle Pujol, Franck Scurti, Jérôme Bel…). Ici, même une expérience physique et une manipulation d’objets muséographiés sont autorisées : Emilie Parendeau nous propose d’activer et de s’approprier des répliques d’objets Fluxus. L’artiste, qui s’intéresse essentiellement aux œuvres « partitions » existant « à l’état de langage lors de leur conception par leur auteur » et qu’elle active depuis plusieurs années au sein du projet À LOUER, a réalisé des répliques des jeux d’échecs inventés par George Maciunas et Takato Saiko. Inspirée par les Jeux Olympiques Fluxus, organisés en 1970 par George Maciunas et Robert Watts, l’artiste invite également un groupe d’enfants à inventer de nouvelles règles et de nouveaux accessoires pour jouer au ping-pong.

L’ouverture de l’exposition est marquée par un ensemble de pièces performatives dont celles des artistes Ludovic Burel et Ju Hyun Lee, KVM (Korean Vitra Museum), 2012, qui nous permettent de mesurer que la constellation d’œuvres, de signes, et d’informations véhiculée et réunie dans ce projet est en extension continue. Elle est modélisée successivement dans des expositions qui sont tout aussi bien des arrêts sur images diffractées que des starting-blocks temporaires et instables. Dans cette course à la mise en forme renouvelée de partitions phénoménologiques dans de nouveaux circuits, le commissaire et son équipe3, affranchis des codes convenus de l’exposition, loin d’être à bout de souffle, nous convient à participer en septembre 2012, à Londres, à deux journées d’étude intitulées Towards Minor Histories of Exhibitions and Performances.

 

Lionnel Gras

 

  1. Œuvre du département COP (Copy et Plagiat) de la N.E. Thing Company, 1966-1978.
  2. www.reprise.me
  3. Jean-Baptiste Farkas et Ghislain Mollet-Viéville, « À propos des “énoncés d’art” », Critique, Paris, n°8 / 9, 2010.
  4. Fabien Pinaroli a notamment élaboré la première exposition avec une quinzaine d’étudiants de l’université Lyon 2 et a mené un projet participatif pendant plusieurs mois avec des sportifs de la Ville de Saint-Fons.

 

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