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Fabian Boschung – Introducing

« Introducing – Fabian Boschung » in artpress, n° 433, mai 2016, pp.53-55. 

 

 

Fabian Boschung, jeune artiste suisse, élabore sa propre identité en s’appropriant des archétypes et objets issus de mouvements artistiques identifiés, de pratiques dites « populaires » et de l’environnement quotidien. Cette matière première est remise en jeu dans une œuvre polymorphe qui ébranle les hiérarchies traditionnelles, entre art et divertissement, sculpture et bricolage, standard et originalité, beau et obscénité.

 

Commençons par le début. BOSHUNG (2013) est une installation monumentale qui, à première vue, reprend les codes (échelle, typographie, usage de la capitale, caractère « neutre ») des célèbres énoncés de l’Art conceptuel, sculptures à réaliser mentalement par le récepteur. Ici, le nom de l’artiste remplace le langage impersonnel. Ce geste manifeste, sans bavure ni hésitation, place l’identité de l’artiste au centre du propos. En s’appropriant avec emphase, références et styles, Fabian Boschung, travaille à la déstabilisation d’une certaine forme d’autorité.

 

De la célébration à l’autodérision

L’artiste développe une rhétorique de l’exploit commune aux univers de la performance (aux actionnistes viennois par exemple) et du divertissement (les fêtes foraines, les films burlesques du début du XXème siècle ou les émissions de Trash TV telles que Jackass). Il engage son corps dans des expériences performatives simples ou extrêmes qui, dans un même mouvement, le glorifient et le tournent en dérision. Dans la vidéo Push-up (2012), inspirée de la sculpture Column (1961) de Robert Morris, l’artiste enfermé dans un socle conçu sur mesure réalise des pompes à l’infini. L’exercice, comique et impossible, suggère autant l’épuisement qu’une forme de contrôle. D’autres sculptures-mobilier convient le public à se métamorphoser l’espace d’un instant en participant à des actions burlesques (Montre-cul, Girl-Friend, 2011, Tableau vivant, 2012). L’exhibition narcissique exacerbée – l’artiste n’hésite pas à fabriquer des sculptures en trophée pour se féliciter de son génie –, mise à distance à travers une attitude critique, met l’auteur (l’artiste) dans une position inconfortable. Dans sa démarche, Fabian Boschung occupe tour à tour les rôles de prestidigitateur, de peintre romantique, d’artiste fervent du DIY, d’acteur mécanisé, de modèle narcissique ou encore de metteur en scène. Si la question du « style » est au cœur de son travail, il ne se préoccupe pas plus de rendre son identité lisible que de rendre sa « patte » identifiable. Il manipule les codes et les patterns culturels avec autant de liberté que sa propre identité.

 

Exalter, évider, informer les stéréotypes

Fabian Boschung fait partie de cette génération pour laquelle les images appartiennent, comme les mots, à tout le monde. Il détourne des motifs et principes issus de mouvements artistiques parfois même a priori opposés : l’Art minimal, l’Expressionnisme abstrait, la Bad painting, Supports / surfaces, entre autres. Il s’approprie également des artefacts vernaculaires, technologiques ou exotiques – autant de clichés qui pourraient encore nous séduire mais que l’artiste mène au bord de l’extinction. Fabian Boschung pousse toujours le sens, les objets et les corps dans leurs extrêmes limites. Il les altère, les augmente, les « pétrit ». L’image d’un chat dans une boîte en carton récupérée sur internet devient l’occasion de repenser la théorie de Schrödinger et la notion d’être-objet. Scapula, qui apparaît de manière récurrente dans son travail, est l’animal domestique de l’artiste. Cette précision signale un mécanisme à l’œuvre dans son travail : l’établissement d’une distance sans cesse redessinée entre le singulier et l’archétype, entre l’image et le « monde physique ». Lorsqu’il se confronte à la production d’une peinture expressive, comme dans sa récente exposition Feeeling (2015), il exacerbe la trace du geste héroïque de l’artiste romantique tout en y associant des sculptures de coquillages dont la construction et la présentation sont empruntées à des pratiques dites « amateurs ». Les émotions intérieures de l’auteur se manifestent pleinement tandis que, à côté, des « escargots-peintres » sont chargés de réaliser la prochaine peinture. Plus tard, dans un étonnant raccourci entre matériau académique et objet technologique, les toiles seront passées à la machine à laver. Régulièrement, l’analogie entre la matière picturale et la nourriture est également suggérée.

 

Les espaces d’art : usages et mésaventures

Pour Fabian Boschung, l’atelier – espace conventionnel emblématique de la créativité – tout comme les formats et médiums traditionnels, fait l’objet de déconstructions et de transgressions. Dans son atelier à Neuchâtel, l’artiste construit des simulacres de « white cubes » dans lesquels il réalise des expositions paradigmatiques constituées par exemple, d’une œuvre, d’un espace et d’un figurant. La photographie – qui ne nous permet de douter ni de l’échelle ni du lieu standardisé – devient la manifestation et le véhicule de la proposition artistique, d’emblée pensée comme une reproduction. Avec ses comparses et collègues d’atelier, il réalise également des films qui désacralisent à l’extrême le lieu du travail, tout en le révélant comme l’espace de tous les défis et échecs possibles : cascades, performances, construction/destruction d’œuvres… communiquant au public une énergie intense, alimentée par une position critique et une forme d’immaturité salvatrices.

 

Lionnel Gras 

 

LIEN

Site de l’artiste:

Fabian Boschung

 

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